Peintures et sculptures XIXe-XXIe siècles

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Etude de pieds et de main - GERICAULT, Théodore
 
GERICAULT, Théodore (peintre)

Etude de pieds et de main

France, 1817-1819
Peinture, Huile sur toile
Hauteur en m : 0,520 ; Largeur en m : 0,640
Musée Fabre, Montpellier
Legs Alfred Bruyas, 1876, 876.3.38
Montpellier Agglomération
Photographe : Musée Fabre - Montpellier Agglomération / Cliché : Frédéric Jaulmes

Cette célèbre étude tardivement entrée dans la collection Bruyas sur les conseils de Théophile Silvestre montre un assemblage de membres humains : deux jambes vues par les pieds et un bras avec la clavicule ; un linge maculé de sang recouvre partiellement l'épaule. Les puissants effets de clair obscur, la facture large et nourrie, le cadrage rapproché, l'harmonieuse imbrication des formes procurent chez le spectateur une sorte de trouble attirance, mélange de volupté et de répulsion. Delacroix qui avait connu l'artiste dans sa jeunesse notait dans son Journal à la date du 5 mars 1857 : « Ce fragment de Géricault est vraiment sublime. C'est le meilleur argument en faveur du beau comme il faut l'entendre ». Bien qu'il ne s'agisse pas à proprement parler d'un fragment ni même d'une esquisse le tableau est depuis longtemps mis en relation avec la vaste toile du Radeau de la Méduse (Louvre) qui occupa l'artiste pendant l'année 1818-1819. Comme on sait La Méduse, frégate de la marine royale fit naufrage le 2 juillet 1816 au large du Cap Blanc. Prés de 150 personnes, pour l'essentiel des militaires, s'entassèrent sur un radeau de vingt mètres sur sept et dérivèrent pendant 13 jours. Le 17 juillet le brick Argus parait et sauve la quinzaine de rescapés. L'artiste fit un grand nombre d'étude au dessin ou à l'huile de l'ensemble et de certaines parties de la composition. Puis il semble avoir entrepris l'immense labeur en travaillant les figures directement sur la toile. Parallèlement, Géricault afin de s'imprégner de l'horreur de ce drame qui obligea certains survivants à se livrer à des scènes de cannibalisme fit venir à son atelier certains morceaux d'anatomie. C'est le cas par exemple avec l'Etude de têtes coupées (Stockholm, Nationalmusuem) qui montre une tête masculine obtenue d'un asile d'aliénés. Les morceaux qui figurent sur le tableau de Montpellier furent vraisemblablement procurés par des carabins de l'hôpital Baujon proche de l'atelier provisoire de l'artiste, faubourg du Roule. La température hivernale devait permettre de les conserver jusqu'à un stade avancé de décomposition. Loin d'être misérables ces fragments anatomiques ont la puissance plastique et la beauté équivoque et radieuse des corps dans le tableau final. Stimulé par Michel-Ange et son contemporain Gros, Géricault parvint avec une « verve peu commune » à régénérer la peinture française en ouvrant directement la voie à la modernité en peinture. C'est ce que proclame magistralement le tableau de Montpellier dont le réalisme funèbre malmène sans retour les canons du beau idéal.