LA TOUR DE NANKIN REVIENT

Perdue pendant plus de 150 ans, et de retour aujourd’hui dans les salles du musée des beaux-arts à Rennes, la fameuse tour de Nankin, décrite dans le manuscrit de Robien (vers 1740), citée encore à la Révolution, puis dans un récolement de 1850, a enfin été restaurée après plus de 5 années de recherches et de travail assidus.


L’objet est peu banal : constituée d’une armature de bois exotique entièrement démontable la pagode est totalement recouverte de petites plaques de nacre gravées et ajourées à la main pour atteindre une hauteur de 110 cm. Dans des arcatures de portes, des femmes malicieuses jouent à cache-cache, faisant vibrer leur écran, tandis que des oiseaux viennent chanter aux fenêtres. Une pluie de clochettes dorées, suspendues aux arêtiers rappelle que la nacre était autrefois dorée (il en reste des traces sur le soubassement).

 

Cette présentation est aujourd’hui possible grâce à un incroyable concours de circonstances. Tout d’abord, peu après la réouverture du cabinet de curiosité au public en mai 2012, la tour a été retrouvée par hasard dans le fond d’une boite en carton dans la réserve des objets, totalement en pièces détachées, et sans numéro. Les débris y reposaient depuis des décennies. Puis, pour avoir une idée d’une éventuelle restauration, perspective perçue alors comme particulièrement audacieuse voire hasardeuse, il fallut trouver une pagode analogue. Une investigation opiniâtre et les miracles de l’informatique nous mirent sur la piste d’une « tour jumelle », localisée dans un château du Lincolnshire, au nord-est de Londres. Son conservateur, enthousiasmé par le projet d’une restauration, nous ouvrit ses portes malgré la fermeture hivernale. Mais de retour en France, le coût de la restauration d’une telle œuvre restait encore un obstacle. Or, nous savions la foire d’Art de Maastricht (TEFAF) organisatrice régulière de concours de restauration. Le musée de Rennes postula, et gagna ! Dotée d’une remarquable subvention, la restauration put alors être envisagée. Dernière étape et non des moindres, il fallut enfin trouver les restaurateurs capables d’une telle prouesse, aux côté de l’atelier Breton de Kerguéhennec. Ce furent deux jeunes restaurateurs du musée de la nacre à Méru (60), héritiers d’une tradition dont la France était le parangon et entretenue encore à la fin du XIXe siècle par 15.000 artisans dont il ne reste plus aujourd’hui que 15 représentants, tous à la retraite, qui relevèrent le défi…avec excellence.

Vaisseaux mécaniques en argent, maquettes de temples faits de pierres précieuses, chefs d’œuvres de tourneurs sur bois peuplaient jadis le cabinet du Président, entre les livres et les coquillages, les tableaux et les prototypes de machines. La tour de Nankin est donc aujourd’hui la seule mirabilia retrouvée de la collection de Robien, mais quelle merveille !

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