Point de vue sur la restauration des œuvres d’art en France

Les chercheurs en histoire de l’art antique et médiéval sont très souvent confrontés à des œuvres non signées, sur lesquelles ils ne disposent presque d’aucune information.

La recherche en histoire de l'art

Les chercheurs en histoire de l'art antique et de l'art médiéval sont très souvent confrontés à des œuvres non signées, sur lesquelles ils ne disposent presque d'aucune information. Ces œuvres sont dites orphelines.

L'analyse stylistique de l'œuvre est alors le premier élément d'identification. Grâce à l'étude des formes et de leur évolution, il s'agit de distinguer parmi les traits stylistiques (ex. : la forme d'un œil, le traitement des cheveux, la représentation d'un mouvement ou d'une profondeur...) ceux qui sont propres à une époque, à une région, voire à un foyer artistique ou à un artiste spécifique.

C'est la méthode de Giovanni Morelli à la fin du XIXe siècle. La comparaison du style de l'œuvre étudiée avec celui d'autres œuvres mieux documentées ou de même nature aide à la situer plus précisément.

La connaissance du contexte historique - politique, économique et social - est très utile pour comprendre les circonstances de la commande et interpréter l'iconographie, en particulier quand l'œuvre a une fonction publique.

Les analyses scientifiques réalisées par les restaurateurs avant une intervention apportent des informations sur la technique, la structure et le mode de fabrication de l'œuvre qui peuvent confirmer ou infirmer une hypothèse d'attribution ou de datation.

La restauration nécessite la plupart du temps plusieurs années de travail, mais aussi des méthodes mises en œuvre pour y parvenir.

Celles-ci sont, peu ou prou, les mêmes pour les différents types d'objets qui constituent les collections du musée. Une première étape, longue et fastidieuse, consiste à dresser un état sanitaire sommaire de la collection, souvent à l'occasion de l'opération de récolement des collections permanentes. Sur cette base, des constats d'état établis par des restaurateurs viennent préciser le degré et la nature des altérations dont souffrent les œuvres.

La décision d'intervention et la nature de celle-ci sont déterminées en fonction de nombreux critères:

  • évaluation du risque encouru, en terme de conservation, à laisser l'œuvre dans son état actuel ;
  • conditions de conservation de l'œuvre dans l'avenir ;
  • importance de l'œuvre au sein du musée ;
  • évaluation de l'amélioration des conditions de conservation et de présentation de l'œuvre résultant d'une intervention, tant sur le plan strict de l'état sanitaire que de sa perception.

La décision d'intervenir étant prise, le musée procède à une mise en concurrence, sur la base de propositions détaillées, qui sont examinées et classées en fonction de la qualité et de la pertinence de l'intervention proposée et en fonction du coût.

N'interviennent sur des œuvres conservées dans des musées de France que des restaurateurs expérimentés issus de formations reconnues ou ayant été habilités par le biais de la validation des acquis professionnels. Le choix du musée est ensuite discuté au sein d'une commission scientifique régionale.

Les principes et les méthodes de la restauration des œuvres d'art en France

Toute intervention sur les collections est d'abord guidée par le souci d'améliorer les conditions de conservation et de présentation au public de l'œuvre pour les générations futures. Lorsque l'œuvre nécessite une telle intervention,celle-ci est toujours effectuée dans le strict respect de l'œuvre originelle, en conservant les témoignages de son histoire. Cette fonction primordiale au regard des missions des conservateurs de musée requiert de multiples partenaires. Restaurateurs tout d'abord, auxquels sera confiée la lourde tâche de l'étude et de l'exécution matérielle de la restauration proprement dite. Longuement enseigné dans des instituts agréés*, le métier de restaurateur suppose des qualités multiples : parfaite connaissance physico-chimique des techniques employées,habileté manuelle,sensibilité, connaissance approfondie en histoire de l'art.

From the Secret Polychrome website.

Le restaurateur d'œuvres d'art se situe à l'interface entre l'œuvre elle-même, les conservateurs de musée et les scientifiques qui œuvrent au sein de laboratoires spécialisés tels celui du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF),dépendant de la Direction des musées de France. Ces derniers, à l'aide de technologies bénéficiant des avancées de la recherche scientifique, à laquelle ils sont pleinement associés, scrutent l'œuvre sous toutes ses facettes, afin d'en déterminer les matériaux constitutifs. Cette phase d'étude, préalable au travail de restauration proprement dit, est déterminante en ce qu'elle va permettre au restaurateur d'élaborer une stratégie d'intervention, dans le souci d'assurer à l'œuvre une meilleure conservation. Dans le cas des œuvres qui sont ici étudiées et à cause de leur complexité et de leur importance,les propositions d'intervention ont fait l'objet de discussions approfondies avec des commissions composées de conservateurs,d'universitaires et de scientifiques du C2RMF afin d'assister le musée dans des choix souvent difficiles et de s'assurer que les décisions prises soient les bonnes.

Une commission scientifique régionale de restauration, instituée par la loi du 4 janvier 2002 sur les musées de France, a validé les dernières étapes de ces restaurations. Commence ensuite un long et patient travail d'intervention physique sur l'œuvre, qui s'effectue en collaboration étroite avec la conservation du musée. L'ensemble de ce travail,souvent très coûteux, est pris en charge par la Ville de Toulouse, avec une participation pour moitié de la Direction des musées de France, département du ministère de la Culture et de la Communication.

Dans certains cas, le musée bénéficie de l'aide de fondations privées qui consacrent chaque année un important budget à la restauration des chefs-d'œuvre des musées de France