POUR UNE CULTURE DE L’INCLUSION : LES MUSÉES FRAME EN ACTION

En 2016, le musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM) a conçu en partenariat avec la Fondation  Michaëlle  (FMJ) un projet encourageant l'ouverture et le dialogue interculturels en faveur des jeunes de la communauté musulmane montréalaise. Depuis le début ce projet a attiré l'attention de FRAME, en particulier de trois musées français – le Musée des Augustins à Toulouse,  le Musée des Beaux Arts de Lyon and les musées de la Ville de Marseille – qui ont été inspirés par ce programme et l’ont adapté au context français.  Rassemblés sous le titre Pour une culture de l’inclusion : les musées FRAME en action, ces projets ont été présentés dans une vidéo diffusée au cours d'une exposition au MBAM. Les personnes françaises impliquées dans le projet se sont rendues à Montréal en vue de présenter une partie de leur travail au cours du vernissage et ils ont participé à un forum public accueillant plus de 120 invités le 10 décembre 2016, Journée internationale des droits de l’Homme.

© Sebastien Roy

A cette occasion, de jeunes artistes engagés dans le programme L'Art de l'inclusion à Montréal et en France se sont rencontrés. Des improvisations de Hip Hop et de Slam ont été réalisées par de jeunes Français lors de l'ouverture de l'exposition tandis que le chorégraphe français Abdou N'Gom a contribué à un moment fort du forum en proposant la danse comme un moyen d’expression   et de résistance face à l'exclusion, comme un outil en vue de définir son identité.

Ce projet repose sur des valeurs communes de dialogue, de tolérance, d'inclusion, d'engagement citoyen et de compréhension mutuelle. Elle s'inscrit également dans la mission humaniste du musée qui vise à ouvrir ses collections, mettre son expertise et ses installations à la portée de tous, dans le but de favoriser le dialogue et le vivre-ensemble  tout en s'appuyant sur le rôle de l'art comme vecteur de paix et de cohésion sociale.

A Montréal

Thomas Bastien with the MMFA with the participating teens © Sebastien Roy

Le Musée des beaux-arts de Montréal, la Fondation Michaëlle Jean et l’Institut pour la recherche et l’éducation sur les relations raciales (IRERR) ont conçu en partenariat L’Art de l’inclusion. La parole aux jeunes Musulmans. Ce projet artistique a donné  à dix jeunes montréalais de culture musulmane l’opportunité de s’exprimer à travers une oeuvre sur leur place et leur désir d’appartenir pleinement à la société québécoise . De jeunes québécois âgés de 15 à 30 ans, issus des communautés musulmanes, incluant ceux d’origines arabes, syriennes, magrébines, sud-asiatiques et sahéliennes ont été invités à s’exprimer sur des sujets qui les préoccupent, en particulier l'exclusion sociale, dans un contexte où l'intolérance, l'islamophobie et les questions d'intégration sont récurrentes. Les installations, peintures et photographies réalisées par Aissatou Balde, Mercedeh Baroque, Yousra Benziane, Serine Bentaya, Abdelhamid Beniani, Hejer Chelbi, Essraa Daoui, Wurood Habib, Chaimae Khouldi et Zahraa Sbaiti ont été choisies par un comité de sélection composé de représentants de chaque organisation partenaire, et des artistes Mohammed Makhfi et Naghmeh Sharifi. Les œuvres ont exposées dans l’espace d'exposition de l'Atelier international Michel de la Chenelière pour l'éducation et l'art-thérapie jusqu'au 8 janvier.

© Sebastien Roy

Ces jeunes artistes ont participé au forum L'Art de l'inclusion du 10 décembre, de même que trois jeunes Français : Mohamed Makhlouf de Lyon, Miad Mohamed de Marseille et Sami Saïdi de Toulouse.

A Lyon

Abdou N'Gom in the chapel of the Lyon Museum of Fine Arts © MBA Lyon - photo Stéphane Degrois

Le programme du Musée des Beaux-Arts de Lyon associe la Maison de la Danse à Lyon et la Compagnie Stylistik. Dirigée par le chorégraphe Abdou N’Gom, qui est venu du hip-hop et des danses urbaines, cette compagnie a travaillé avec des jeunes lycéens de Belley (Ain) sur le thème de la résistance et des jeunes du centre social du quartier des Etats-Unis à Lyon, qui fut longtemps isolé du reste de la ville. À travers l’expression chorégraphique et l’observation des œuvres, les jeunes sont amenés à se questionner sur leur manière d’être au monde et de s’affirmer, voire de résister. Ce projet vise à ouvrir le musée aux références culturelles possibles de jeunes largement issus de l’immigration et de les confronter à d’autres pratiques artistiques comme autant de moyens d’expression. L’exploration de la complémentarité des langages artistiques doit aboutir à une création originale des jeunes. Cette première expérience donnera lieu à une représentation dans le cadre du Printemps de la Danse en mars 2017.

A Marseille

Excerpt from the film on L'Art de l'inclusion © Ville de Marseille / Ph'Art et BalisesAll rights reserved

Les musées de Marseille se sont appuyés sur l’Association Ph’Art et Balises qui lutte contre le décrochage scolaire et œuvre à l’insertion sociale et professionnelle des jeunes. À travers la visite de différents lieux culturels à Marseille, une douzaine de jeunes âgés de quinze à vingt ans ont travaillé plusieurs thématiques en lien avec la question de la citoyenneté, sujet qui participe de la réforme des collèges en France. Le château Borély, musée des Arts décoratifs, de la faïence et de la mode, a été l’occasion de réfléchir avec les jeunes à l’égalité des droits, aux classes sociales et à l’héritage du patrimoine culturel comme bien commun. Le musée d’Histoire de Marseille a permis de comprendre les différentes étapes de la construction de la ville qui s’est bâtie à partir de la diversité culturelle et d’aborder la question de l’intégration. La visite de l’exposition Être femme dans la Grèce antique au musée d’Archéologie méditerranéenne a incité certains à réfléchir sur la place des femmes et leur rôle au fil de l’histoire, tandis qu’une visite au Mémorial de la Marseillaise a encouragé plusieurs jeunes à ré-explorer l’hymne national français à la lumière des enjeux du XXIe siècle et de leur quotidien. En recueillant la parole des jeunes à travers des textes de leur création, le musée se veut un lieu d’expression pour tous, d’identification et de construction de soi. Des vidéos conservent la mémoire de ces textes lus ou chantés, qui seront présentés à Montréal.

A Toulouse

Sebseb, Sabrin, and Sami at the Musée des Augustins of Toulouse © Gilles Thomat

Le Musée des Augustins de Toulouse s’implique contre toutes les formes d’exclusion et ses conséquences. En lien avec la politique de la Ville et des structures associatives, le musée s’engage dans la réflexion portant sur la lutte contre la radicalisation et cherche à libérer la parole des jeunes sur le sujet. Son engagement dans le programme L’Art de l’inclusion a conduit le musée à coopérer avec le slameur Sebseb en vue d’ouvrir le dialogue avec les jeunes, lutter contre les clichés et leur donner des clés de compréhension de ce fléau. Un clip musical rendra compte de leur travail au printemps prochain. Une réflexion sur la question de la foi laïque et sur le fait religieux est envisagée à l’occasion d’un forum. Afin de privilégier le principe de mixité, le musée des Augustins va à la rencontre des jeunes impliqués dans des structures associatives, tels que la Maison des Jeunes et de la Culture « La Brique rouge » du quartier Toulouse Empalot, et implique aussi des jeunes placés sous main de justice avec le soutien de la Protection Judiciaire et de la Jeunesse.